Réduction du risque cardiovasculaire : intérêt d'une approche non pharmacologique
|
Interview du Pr. Eric Bruckert |
Interview du Pr. Michel Krempf |
|
|
|
Enquête nationale sur le risque cardio-vasculaire : l'approche non pharmacologique
|
Peut-on et comment sortir du tout médicament ? Dr. Maxime Guenoun, |
Stratégie non pharmacologique pour une réduction du cholestérol : Pr Eric Bruckert, |
Si la réduction du risque cardiovasculaire est la priorité au quotidien de notre prise en charge et de nos prescriptions médicamenteuses, force est de constater ses limites, mais aussi que les mesures non pharmacologiques pour y parvenir sont difficiles à faire appliquer dans la durée. La reprise d'une activité physique régulière, les modifications des comportements alimentaires et le sevrage tabagique, pour ne citer que les principales, sont en effet des mesures plus sociétales que purement médicales. Elles concernent directement nos patients, mais aussi leur entourage familial, amical et professionnel.
Ce simple constat, dont nous sommes tous conscients, souligne néanmoins que la réponse uniquement "médicamenteuse" à un risque cardiovasculaire élevé ne peut à elle seule palier le manque d'observance à des règles hygiéno-diététiques pourtant indispensables.
Agir sur les déterminants comportementaux du risque cardiovasculaire dans le cadre d'une nouvelle approche thérapeutique non pharmacologique, intégrée dans la vie de tous les jours, agréable et vertueuse, semble à ce titre digne d'attirer notre attention, et plus encore, de la proposer à la plupart de nos patients.
Trois experts du risque cardiovasculaire et de l'observance au cours des maladies chroniques vont nous livrer, durant ce symposium, leur point de vue sur cette nouvelle approche "au goût du jour" de la réduction du risque cardiovasculaire.
Dr. Maxime Guenoun, Président du CNCF
L’hypercholestérolémie, et plus particulièrement l’augmentation du cholestérol LDL, est un facteur majeur de risque cardiovasculaire. Les recommandations diététiques portent sur la limitation des graisses saturées au profit des graisses insaturées, une consommation modérée de cholestérol alimentaire et une consommation de fruits et céréales riches en fibres. De nouveaux moyens pour améliorer l’intervention diététique visant à diminuer les concentrations de cholestérol sont disponibles. L’intégration d’aliments enrichis en phytostérols (stérols structurellement proches du cholestérol, mais non absorbés de manière significative chez l’homme), interfèrent avec l’absorption intestinale du cholestérol et provoquent une diminution d’environ 10 % des concentrations plasmatiques de cholestérol total et de cholestérol LDL. La compliance aux changements des habitudes alimentaires au long cours reste souvent insuffisante. Pour aider les médecins dans les recommandations diététiques, il est nécessaire de bien identifier les freins potentiels et de développer des outils aidant le patient à un meilleur suivi des recommandations. A ce titre, l’expérience tirée de l’étude RECIPE qui sera présentée est très utile et montre une agrégation des comportements favorables à la diminution des facteurs de risque cardiovasculaire et l’utilité potentielle d’un outil simple d’auto-évaluation diététique par les patients.
Pr. Eric Bruckert, Hôpital Pitié Salpêtrière, Paris
Celui que nous consommons vient d’ailleurs moins de la salière (10 % du total) que des aliments transformés (70 %) : 25 % viennent du pain, 8 % des sandwiches et gâteaux, 11 % des charcuteries, 9 % des plats cuisinés. Sans oublier les sauces, les quiches, les pizzas, et certaines eaux minérales gazeuses… Les aliments en contiennent aussi naturellement.
Des apports sodés quotidiens trop importants pendant de nombreuses années sont un facteur de risque majeur d’hypertension artérielle et, par conséquent, d’atteinte des organes cibles que sont le coeur, le rein et le cerveau : les risques d’infarctus du myocarde, d’insuffisance cardiaque et rénale ainsi que d’accidents vasculaires cérébraux sont alors plus élevés. Mais à côté de ces effets cardiovasculaires bien connus, il a été montré des effets directs du sel sur d’autres organes. Ainsi, le sel majore le risque de cancer de l’estomac en favorisant le développement gastrique d’une bactérie, Helicobacter pylori, incriminée dans la survenue de l’ulcère ; il augmente aussi le risque d’ostéoporose en favorisant l’excrétion rénale de calcium. Si nous en consommons toujours autant, c’est d’une part parce que nous privilégions de plus en plus les plats préparés et les produits alimentaires modifiés et d’autre part, parce qu’il rehausse la perception de la saveur de certains aliments. La réduction de la consommation de sel au quotidien est, pour ces raisons, difficile, et le rôle du médecin est de la première importance dans les conseils diététiques prodigués à leurs patients. Comment promouvoir la réduction de consommation de sel et privilégier une stratégie du plaisir chez le patient à risque cardiovasculaire ? C’est le thème de la communication “Consommation de sel et stratégie du plaisir chez le patient à risque cardiovasculaire”.
Pr. Michel Krempf, Hôpital Nord Laënnec, Nantes
La non-observance des recommandations médicales représente souvent un ensemble : le patient ne prend pas ses comprimés, ne mange pas cinq fruits et légumes, ne marche pas 30 minutes d’un pas vif. Peut-être est-ce dû au caractère abstrait et lointain des récompenses de l’observance - éviter les complications d’une maladie, rester en bonne santé, qui a toutes les chances de perdre face à l’attrait concret et immédiat de la non-observance - éviter l’ennui de la prise du comprimé, préférer le farniente, le plaisir d’allumer ma pipe, la part de gâteau supplémentaire. Mais au quotidien, l’observance a de plus un aspect concret, immédiat et désagréable : pensons par exemple à la pratique de la mesure de la glycémie. Enfin, certains gestes sont désagréables, parce qu’ils nécessitent un effort que l’on ressent au moment où on se met en mesure d’agir, effort d’autant plus désagréable qu’on sait bien qu’on devra le faire de manière répétée.
Or il arrive que certaines personnes soient observantes d’une étrange façon. Voici qu’elles ont mis en oeuvre une démarche concrète, immédiate, et agréable : c’est par exemple la décision d’une promenade quotidienne, la prise du produit laitier agréable au goût qui leur a été recommandé pour leur cholestérol et qu’elles ont consenti à acheter, ou le choix d’une hydratation saine, naturelle et sans apports caloriques. Elles en ont pris l’habitude et, grâce à elle, elles n’ont plus d’effort à faire pour persévérer. Et, voulant éviter ce que les psychologues appellent une dissonance cognitive, elles appliquent aux autres tâches de leur traitement leur comportement observant.
Ces personnes finissent par en éprouver de la fierté ; elles regretteraient d’en être privées : il peut ainsi arriver que, presque paradoxalement, l’observance devienne un plaisir.
Pr. Gérard Reach, Hôpital Avicenne, Bobigny
Le CNCF et Danone vous convient au symposium :
Réduction du risque cardiovasculaire : intérêt d'une approche non pharmacologique
Le jeudi 13 octobre 2011 à 16h00
Modérateurs : Dr. Maxime Guenoun, Dr. Christian Breton
Avec le soutien institutionnel de :
Copyright © Tous droits réservés 2011 - 2013 : Collège National des Cardiologues Français
Editeur : Regicard
Rédacteur en chef : Maxime Guenoun
Comité éditorial : G. Dentan, F. Dievart, M. Ferrini, F. Fossati, MC Malergue, D. Marcadet, A. Maudière, P. Poncelet
Directeur de publication : Maxime Guenoun
Directeur technique : Jean-Christophe Ducoin